Quand le maire célèbre l'office religieux !

Dieppe le 20 mai 2006

M. Olivier Poullet Secrétaire Libre Pensée Dieppoise

à M. Olivier Bassine Rédacteur en chef Informations Dieppoises

Monsieur

Tout d'abord, je vous remercie d'avoir bien voulu publier mon " courrier des lecteurs ". Permettez-moi tout de même de réagir à vos propos. Il fallait que le sujet vous gênât beaucoup pour ajouter une " Note de la rédaction " plus longue que l'article lui-même. Le fait est suffisamment rare pour être souligné.
Contrairement à ce que vous semblez suggérer, je reconnais le droit à tel ou tel citoyen de fréquenter l'église, la mosquée, la synagogue ou tout autre chapelle. C'est la loi de 1905 de séparation des Eglises et de l'Etat qui prévoit d'ailleurs la liberté des cultes. Mais comme vous pensez que nous ne sommes plus en 1905, peut-être estimez vous que, au même titre que la laïcité, la liberté des cultes n'est pas à défendre ?

Ce que je dénonçais, c'était la confusion des genres : au risque de vous déplaire, j'insiste en affirmant qu'un maire ne peut, es qualité, célébrer un office religieux comme cela était marqué dans l'article. Pas plus offrir, en tant que maire, le pain bénit à ses administrés.
Le citoyen Jacques Chirac ( je ne peux hélas pas dire simple justiciable ! ) peut fréquenter à titre privé la mosquée ou l'église, peu me chaut. Ce qui est inacceptable c'est que le Président de la République, qui est par ailleurs Proto Chanoine de Notre Dame du Latran, confonde les genres. Ne parlons pas des fonctionnaires, gendarmes, préfets ou autres, soumis à l'obligation de réserve, et recevant la bénédiction lors de manifestations religieuses.

Vous affirmez tout et son contraire : vous dites nécessaire de " ne pas mélanger la mission et les convictions " pour aussitôt affirmer que le maire peut bien offrir le pain bénit à ses administrés ou célébrer la messe ! Imaginons les comptes rendus de conseils municipaux où l'on pourrait lire " Le rabbin ou le curé ou le diacre ou l'imam délivre le permis de construire à M. Olivier Bassine !
Vous seriez le premier à vous étonner. L'acte serait d'ailleurs entaché de nullité.

Vous dites que la laïcité , c'est l'absence du poids d'une religion sur l'Etat. Vous serez donc d'accord avec nous pour dénoncer le statut clérical concordataire d'Alsace-Moselle qui fait que l'Etat salarie les fonctionnaires des cultes (36,75 millions d'euros en 2003, l'évêque de Strasbourg émarge, sur les deniers publics à l'indice 975 soit 4307 euros mensuels ! ) ou bien celui de Guyane datant de Charles X où le Conseil Général paie les salaires des religieux et de l'évêque ( 800 000 euros ). Vous ne manquerez pas de dénoncer les centaines de millions d'euros des deniers publics détournés au profit de l'enseignement privé.

Pour les Libres Penseurs, la laïcité, c'est la séparation des Eglises et de l'Etat définie par la loi de 1905. Ce n'est pas une vieille querelle comme vous le dites, mais malheureusement un combat toujours d'actualité. Vos propos en témoignent. Transposons le débat sur celui de la liberté de la presse. Ce sont les révolutionnaires de 1789 qui se sont battus pour l'obtenir. Nous ne sommes plus en 1789 où l'Ancien Régime était encore puissant. Faut-il pour autant baisser la garde ou bien être vigilant au risque de se faire taxer d'intransigeants ou de fondamentalistes ? L'actualité nous prouve que la liberté de la presse comme la liberté d'expression ou la laïcité institutionnelle restent à défendre. On peut être journaliste et se faire virer parce qu'on a publié telle ou telle caricature qui n'aura pas eu l'heur de plaire à telle communauté religieuse.

Bien amicalement Olivier Poullet

R E T O U R